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Pour Mémoire
  Dossier réalisé en avril 2001

Puteaux-Chicago

1ère partie : La mort d’un homme.

C’était à Puteaux en 1971. La campagne électorale faisait rage. Deux hommes s’affrontent : Georges Dardel, l’ancien Maire qui avait démissionné en 1968 à la suite d’un grave accident de voiture et son quatrième adjoint devenu Maire, Charles Ceccaldi-Raynaud.

Ce dernier a constitué un important "comité électoral" composé d’amis corses et d’employés municipaux et dirigé par son propre beau frère, Monsieur G. Leur mission : "rester maître de la rue". Georges Dardel, lui, a recruté dans le 12ème arrondissement des colleurs d’affiches et des accompagnateurs chargés de les protéger en cas d’attaque. Ils sont payés 100 francs la nuit et 100 francs de plus en cas de bagarres. Salah Kaced, 31 ans, serrurier à Paris, est l’un de ces colleurs d’affiches. Marié, père de deux enfants, il a trouvé ce moyen pour arrondir ses fins de mois.

Dans la nuit du 26 au 27 février, les hommes de Dardel se rendent au rond-point des Bergères et commencent à coller leurs affiches. Le slogan : "Dardel revient pour rendre à Puteaux la démocratie". Ils sont surpris par une ronde "ceccaldiste". Alerté, Pierre D. régisseur des marchés de Puteaux, se rend sur les lieux dans sa DS emportant avec lui sa carabine 22 long rifle. Pierre D. tire, il blesse un adversaire avant d’être assommé. Il est quatre heures du matin. Une heure plus tard, le comité électoral de Ceccaldi, averti de la tournure que prennent les événements, décide alors de se rendre en force sur les lieux. Cinq voitures partent en cortège à la recherche des hommes de Dardel. L’affrontement, cette fois, a lieu rue de la République, devant l’école maternelle.

L’un des colleurs d’affiches, Christian Jean, raconte : "En arrivant, les colleurs Froment et Salah ont voulu descendre de la camionnette mais tout de suite nous avons été attaqués. J’ai reçu un coup de bâton sur la tête. Mes copains sont remontés très vite et on s’est caché sur le plancher en attendant que ça se passe. J’ai entendu un paquet de coups de feu et les vitres ont volé en éclats. Kaced gémissait : "ils m’ont eu". Et dehors, j’ai entendu : "Allons-nous en, on les a tous tués." Quelques secondes d’affreux silence et on s’aperçoit que Kaced est mourant. On le transporte à l’hôpital Saint-Antoine mais pour lui c’est fini. Dans l’équipe de Dardel, l’affrontement aura fait un mort et six blessés. Quelques jours plus tard, Charles Ceccaldi-Raynaud était réélu au second tour avec près de 65% des voix.

Sources : le Figaro, 15 mars 1974 et l’Aurore, 16 mars 1974.

2ème partie : Le procès

Après trois ans de procédure, le procès de la fusillade de Puteaux s’ouvre le 14 mars 1974 devant la 16ème chambre correctionnelle de Paris, habituée à juger des délits mineurs. Pourquoi pas les assises ? C’est toute la question qui est débattue au cours de cette première journée. Poursuivis dans un premier temps pour tentative d’homicide volontaire ou homicide volontaire, MM. Pierre D…, Marcel B… et Antoine C… ont vu leur inculpation disqualifiée au cours de l’instruction. Ils sont aujourd’hui simplement prévenus de port d’armes et violences avec armes. (Le Figaro, 15 mars 1974)

Vingt membres de l’équipe de Ceccaldi sont inculpés. Quatre d’entre eux qui ont joué un rôle plus important sont restés près d’un an en prison. Pour faire bonne mesure, le juge d’instruction a également inculpé douze membres de l’équipe de Dardel pour port d’armes de sixième catégorie, c’est-à-dire… de bâtons !

La veuve de M. Salah Kaced s’est constituée partie civile et son avocat, Me Cohen-Bacri, a toujours soutenu qu’une telle affaire aurait dû être renvoyée devant la cour d’assises pour homicide volontaire. Les jurés auraient alors apprécié la culpabilité de ceux qui reconnaissent avoir tiré tout en niant l’avoir fait en direction de la victime. Il soutiendra donc dès le début de l’audience, l’incompétence du tribunal correctionnel.

L’avocat entend également dénoncer la responsabilité personnelle de M.Ceccaldi-Raynaud : "Il ne fait aucun doute qu’il a constitué un groupe d’hommes en leur donnant pour consigne de s’opposer par tous les moyens au collage des affiches adverses et qu’il est bien l’auteur du rassemblement illicite dont les membres sont poursuivis devant le tribunal". M.Ceccaldi-Raynaud a toujours affirmé, quant à lui, avoir donné l’ordre à ses équipes d’abandonner leur tournée dans la ville à partir de 23 heures. (L’Aurore, 8 mars 1974)

"Je n’ai rien vu. Après avoir reçu un coup, j’étais à demi-inconscient, mes souvenirs sont assez confus". Cette déclaration résume celles de tous les inculpés, membres de l’équipe de Ceccaldi dont l’interrogatoire s’est poursuivi lors de la 2ème journée du procès. Qui a tiré ? Ils affirment être incapables d’apporter la moindre précision à ce sujet. Ceux qui, au cours de l’instruction, avaient déclaré avoir vu MM. Marcel B… et Antoine C…armés, l’un d’un pistolet, l’autre d’un fusil de chasse, se sont rétractés. (Le Monde, 17-18 mars 1974)

Lors des premières plaidoiries, Me Chazal, pour les parties civiles, devait dire au procureur qu’il lui faudrait expliquer à la veuve de Salah Kaced "pourquoi des assassins ne sont pas des assassins". Le ministère public pourrait également indiquer pourquoi il n’y a pas eu de reconstitution et pour quelles raisons certains témoins qui ont paru importants au cours des débats n’ont pas été cités. (Le Monde, 19 mars 1974)

Le procès reprend le 21 mars. Mis en cause par l’avocat de la partie civile, le substitut du procureur s’est défendu dans son réquisitoire d’avoir voulu minimiser l’affaire. "On n’a jamais pu savoir qui avait tiré les coups de feu mortels, explique-t-il, et les armes qui ont été utilisées le matin de la fusillade n’ont jamais été retrouvées." Faute de preuves permettant de poursuivre quiconque pour homicide volontaire, le ministère public ne veut donc voir dans cette affaire qu’un "affrontement entre groupes opposés." ! (Le Figaro, 22 mars 1974)

Peines de détention pour les principaux inculpés de la fusillade de Puteaux (Le Figaro, 26 avril 1974)

Pierre D… qui a reconnu avoir tiré avec une carabine, au cours du premier épisode de l’attaque, a été condamné pour coups et blessures volontaires à trois ans de prison ferme. MM. Antoine C…, Antoine G…., et Marcel B…les trois principaux inculpés du second épisode au cours duquel Salah Kaced a trouvé la mort, ont été condamnés, chacun, pour violences avec armes, à deux ans de prison.

Charles Ceccaldi-Raynaud est jugé responsable de la fusillade de Puteaux (Le Figaro, 5 mai 1975)

A la demande de la partie civile, la cour d’appel déclare M. Ceccaldi-Raynaud, qui n’avait pas été inquiété en première instance, civilement responsable. Plusieurs des agresseurs étaient des employés de la ville de Puteaux et la cour a estimé qu’ils dépendaient de son autorité. Il est condamné à verser plus de 200 000 francs de dommages et intérêts à la partie civile. La condamnation est confirmée par la cour d’appel d’Orléans deux ans plus tard. (Le Matin de Paris, 14 juillet 1977)

Lire aussi :

"L’Etat va ruiner les riches" - Publié dans Le Parisien du 23/04/2001

"Enfant de Puteaux" - Publié dans le Canard du 14/03/2001

 

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